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Louise Narbo

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GALERIE CHRISTINE COLON > Stand F17

Pour la 11è édition de la BIP, j’ai voulu renouer avec une attirance ancienne pour les arts graphiques. Dans Jeux de greffes, j’ai travaillé soit en « post production », soit directement sur mes tirages en utilisant le dessin, l’écriture, le collage... Posées comme une sorte de signature ou d’estampille sur le papier, ces traces de la main chargent les images d’une énigme. Ainsi, elles se rapprochent davantage de ma sensibilité plus attirée par ce qui est voilé, par les manifestations de l’inconscient, par les qualités éphémères des images oniriques.
Ces expérimentations ont suivi une élaboration lente et progressive, utilisant différentes voies. L’aléatoire y figure en bonne place au même titre que l’intuition et la libre association. Mon objectif est d’arriver à une mise à jour, une révélation de ce qui ne m’était pas accessible auparavant.

En puisant dans des tirages déjà existants, j’ai porté spontanément mon attention sur des autoportraits et des photos d’identité, en privilégiant les yeux. Au fil de ces déambulations j’ai trouvé l’objet caché de ma nouvelle recherche. J’avais déjà révélé le champ visuel de mon père dans un travail précédent, La vision fantôme, et compris alors que ses yeux étaient restés tapis dans l’ombre des miens. Cette ombre nous réunissait étrangement.
Jeux de greffe se déploie en deux temps. Dans le premier je découvre et mets en correspondance la malvoyance de mon père et les profondes répercussions de ce handicap sur ma perception du monde et de mon image. Puis, prenant appui sur ces découvertes, un deuxième temps va suivre où, sur une de ses anciennes photos d'identité, je lui ai retiré ses lunettes en les découpant simplement. Sous les trous béants, j’ai placé les yeux d’autres personnes. Les miens, ceux d’un cousin ou d'anonymes. Je ne reconnaissais plus mon père au fur et à mesure de ces manipulations. Il devenait le dirigeant d’une grande entreprise, un comptable respecté, un espion, et parfois même un mafieux recherché par Interpol. Alors j'ai réalisé que, bien après sa mort, je lui avais offert une opération miracle en lui greffant des yeux d'enfant, de femme ou de jeune homme. Des yeux qui voient.

Louise Narbo. Paris, janvier 2018.