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Dominique De Beir

France > 1964

L'ESPACE DU DEDANS > Stand A13

Dominique De Beir est titulaire du diplôme national supérieur des beaux-arts de Paris en 1992 puis, après avoir fréquenté les ateliers de Pierre Buraglio en tant qu'élève et de Pierrette Bloch en tant qu'assistante, d'une maîtrise d'arts plastiques obtenue à l'Université Paris-VIII de Saint-Denis. En 1995, elle reçoit le Prix de la Jeune Peinture et, en 1997, elle effectue un séjour d'étude au Musée du Centre de recherches et de documentation du Sénégal à Saint-Louis.

C'est à partir de l'apprentissage du braille en 1994 que Dominique De Beir crée et développe la pratique des perforations qui vont caractériser son œuvre. « Ce qui est très présent dans mon travail, évoquera-t-elle en se revendiquant cependant toujours artiste peintre, c'est le rapport aux animations, aux reliefs de surface qui donnent le désir de toucher. Les aveugles sont peut-être à même de percevoir quelque chose à travers ce granulé que moi-même je ne vois pas. Et c'est aussi une manière de revenir aux origines de mon travail qui a vraiment commencé par l'apprentissage du braille ».

« Trouer, frapper, frotter, griffer, projeter, inciser, éplucher, brûler, creuser, découper, retourner... Tous les moyens sont bons pour introduire de l'accident dans la méthode, par exemple strier la surface avec une roulette de couturière marchant en arrière, un contrôle relatif dans la gestuelle suscitant des phénomènes inattendus dans le déroulé. Les outils prolongeant le corps sont un facteur déterminant pour la durée de l'action car ici tout est une question de vitesse, de déséquilibre et d'instabilité corporelle ». Ce travail gestuel, soutenu par une ample récupération d'outils de tradition (outils de jardinage, d'agriculture, de couture, de chirurgie, de menuiserie, de cuisine, allant ainsi de la bobine perforeuse au râteau-rouleau et du hache-vite des années cinquante aux chaussures à écorcer les châtaignes...) et par la création d'outils nouveaux ou démesurés (comme avec les artisans siciliens lors de son exposition à Palerme en 2005), Dominique De Beir ne conteste pas de le rapprocher d'un rituel où se mêlent de façon exacerbée le corporel et le sacré, voire d'une chorégraphie, évoquant également comme inspiratrice son admiration pour Pina Bausch.

Cette pratique répétitive de la perforation s'articule autour d'une réflexion sur l'écriture. En créant des livres d'artiste constitués de feuilles perforées, elle s'interroge sur les différentes formes de graphisme et d'écriture tout en offrant, par la perforation aléatoire, à voir une non-écriture. « Se développe ainsi progressivement une réflexion sur les glissements entre dessin et écriture, voir et non-voir, plein et vide, surface et profondeur ».
Le hâble d'Ault

Dominique De Beir commente elle-même sa démarche : « Plus qu'un geste opérant une blessure, cette attaque radicale correspond d'abord à un exutoire calmant, une litanie agitée. Trouer signifie avant tout regarder autrement, agir dans les strates et les sensations de la profondeur. Réalisées de manière pulsionnelle, ces actions 'appel d'air" envahissent et creusent la surface de manière éclatée, la matière se déplace et rend visible des effleurements, des grouillements, des absences... Ma lutte avec l'image reste constante, elle n'a de réelle incarnation qu'en chute libre. La couleur arrive elle aussi comme une adversité. Jusqu'à présent, elle s'introduisait par erreur dans les matériaux, un carton bleu-nuit, un polystyrène saumoné, un aluminium brillant, un papier jauni par la cire d'abeille. Aujourd'hui, je l'affronte de plein fouet, je l'utilise comme un habillage du support, une strate supplémentaire à éplucher. Bridget Riley, Mary Heilmann (en), les paysages du hâble d'Ault ne sont pas pour rien dans cette aventure.